Réforme du Lycée : présentation et analyse

Article de Rose-Marie Blasco paru dans Contrepoint, le journal du CréSEP réservé aux adhérents
mercredi 26 septembre 2018

Toute réforme doit nécessairement être présentée au Conseil supérieur de l’Éducation nationale. Celui-ci s’est réuni le 12 avril 2018 et a unanimement rejeté le projet de réforme dulycée que nous présentons.

Vous trouverez en pièce jointe la version PDF de cet article, illustrée des différents tableaux horaires.

Classe de seconde

La classe de seconde conduit les élèves aux baccalauréats général et technologique. Elle comprend des enseignements communs obligatoires et des enseignements optionnels. Les enseignements d’exploration sont supprimés.

Les élèves (hors seconde STHR [sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration) peuvent choisir au plus deux enseignements optionnels parmi ceux proposés par l’établissement : un enseignement optionnel général et un enseignement optionnel technologique. Le latin et le grec peuvent être choisis en plus des enseignements optionnels.

Une enveloppe de 12 heures hebdomadaires par classe, modifiable par le recteur, est donnée à l’établissement en fonction des spécificités pédagogiques.

La classe de seconde STHR bénéficie d’une organisation spécifique et comprend des stages d’initiation ou d’application en milieu professionnel.

La réforme entre en vigueur le 1er septembre 2019.

Cycle terminal enseignement général

Les séries L, ES et S disparaissent. Le cycle terminal comprend des enseignements communs, des enseignements de spécialité au choix et des enseignements optionnels. L’élève de première choisit 3 enseignements de spécialité, celui de terminale 2 des 3 enseignements de spécialité choisis en première. L’élève peut suivre un enseignement dans un autre établissement en cas d’absence de la spécialité choisie, s’il existe une convention avec cet autre établissement. À
titre exceptionnel, l’élève peut suivre un enseignement non choisi en première après avis du conseil de classe en fin de première.

Pendant le cycle terminal, l’élève réalise un projet individuel ou collectif adossé à 1 ou 2 enseignements de spécialité suivis, qui fera l’objet d’un oral au bac. C’est l’équivalent d’un TPE travaillé sur 2 ans.

Une enveloppe de 7 heures hebdomadaires par classe, modifiable par le recteur, est donnée àl’établissement en fonction des besoins pédagogiques.

La réforme entre en vigueur en première le 1er septembre 2019 et en terminale le 1er septembre 2020.

Cycle terminal enseignement technologique

Les séries STS, STL ; STD2A, STI2D, STMG, STHR sont maintenues. Les enseignements suivis en seconde ne conditionnent pas le choix de la série.
Le cycle terminal comprend des enseignements communs, des enseignements de spécialité et des enseignements optionnels au choix des élèves.

Un changement d’enseignement de spécialité est possible en cours ou en fin d’année après avis du conseil de classe et avant l’inscription au baccalauréat.

Une enveloppe horaire hebdomadaire, modifiable par le recteur, est donnée à l’établissement. Elle obéit à la formule : (N x a)/29 arrondi à l’entier supérieur

N est le nombre d’élèves de première et de terminale prévus à la rentrée suivante.
a = 7 pour la série STMG, a = 10 pour la série ST2S et a = 14 pour les autres séries.

La réforme entre en vigueur en première le 1er septembre 2019 et en terminale le 1er septembre 2020.

Selon les besoins, les élèves bénéficient d’un accompagnement personnalisé qui comprend une aide à l’orientation. Il est placé sous la responsabilité des professeurs et du professeur principal. En seconde, il s’agit d’améliorer les compétences en français et en mathématiques. Une évaluation est organisée en début de seconde.

En terminale, l’accompagnement personnalisé s’appuie sur les enseignements de spécialité. L’orientation est prise en charge par les professeurs de la classe, les documentalistes et des personnes invitées par l’établissement ou mandatées
par le conseil régional. Le tutotat est maintenu. Les élèves volontaires peuvent bénéficier de stages de remise à niveau pour éviter un redoublement
ou de stages passerelles pour changer d’orientation.

Quelques réflexions

Il saute aux yeux que la future réforme du lycée est l’occasion de faire des économies en rognant une fois de plus le nombre d’heures d’enseignement proposées aux élèves et par suite, de réduire le nombre de professeurs. Partant du constat qu’on ne trouve plus assez de professeurs qui acceptent d’être sous-payés, même en diminuant le nombre de postes aux concours, le ministre en conclut qu’il faut réduire les horaires des élèves. Portant, il avait affirmé que la réforme se ferait sans réduire les moyens. Les grilles horaires proposées montrent exactement le contraire.

En seconde l’élève est tenu d’assister seulement à 26 heures de cours au lieu de 28 h 30 actuellement. Les enseignements d’exploration qui étaient obligatoires sont remplacés par des enseignements optionnels qui, eux, ne le sont pas. De ce fait, le choix d’enseignements optionnels ne conditionne pas le choix des spécialités de première.

Quelques nouveautés apparaissent pour certaines disciplines mais il faudra attendre de connaître le contenu des enseignements pour en mesurer la portée.
• En seconde, les SES font partie des enseignements communs. Dans le même temps, l’enseignement d’exploration d’économie-gestion (PFEG) disparaît.
• En seconde, un enseignement de sciences numériques apparaît. Doté d’une heure, cet enseignement ne peut être que superficiel.
• En première générale, le ministre a pris le parti de reléguer les mathématiques en
enseignement de spécialité. On continuera donc à former des professeur des écoles qui auront abandonné les mathématiques en seconde et qui auront toutes les peines à enseigner cette discipline. Le rapport Villani n’aura servi à rien sinon à jeter de la poudre aux yeux.
• En cycle terminal, une nouvelle discipline est créée : numérique et sciences informatiques, à moins que ce ne soit la spécialité ISN de TS.
• La philosophie bénéficiera de 4 h dans toutes les classes au lieu de 3 h en TS, de 4 h en TES et de 8 h en TL.
• Dans les séries technologiques, les mathématiques apparaissent dans le tronc commun, ce qui affaiblit la spécialité technologique.

Actuellement, l’accompagnement personnalisé est de 2 heures. Il n’existera plus qu’en cas de besoin des élèves et, dans ce cas, aucune enveloppe horaire n’est prévue. Les chefs d’établissement trouveront là sans doute l’occasion d’utiliser des HSE.

Le ministre semble obnubilé par l’orientation des élèves. 54 heures annuelles sont prévues, ce qui ne signifie pas qu’elles doivent être placées chaque semaine, comme les heures de vie de classe. S’il est fondamental que les élèves réfléchissent à leurs projets d’études, il est aussi indispensable qu’ils disposent des moyens pour réaliser ces projets. Laisser les élèves choisir les enseignements de spécialité et les enseignements optionnels peut y concourir à condition que les enseignements puissent, par un volume horaire suffisant, présenter des contenus attractifs et sérieux. Il faudra attendre octobre 2018 pour en connaître les éléments. Force est
de constater que ce n’est pas en réduisant le volume horaire des enseignements qu’on parviendra à mieux orienter les élèves.

Dans le cycle terminal, aucune enveloppe horaire n’est prévue pour préparer le « grand oral ». Les meilleurs élèves sauront présenter leur travail et les plus faibles peineront sans aide. Bravo, Monsieur le ministre, c’est un moyen efficace de sélectionner les premiers de cordée !

Dans toutes les classes, une enveloppe horaire est laissée à l’établissement selon les besoins pédagogiques. Dans l’enseignement public, la répartition de cette enveloppe est l’objet d’une consultation. Nous connaissons trop bien les chefs d’établissement du privé pour savoir qu’ils s’accapareront ce travail en faisant croire qu’une information tient lieu de concertation. Cette enveloppe passe de 10,5 h à 12 h en seconde mais est considérablement réduite en cycle terminal. Elle est actuellement de 6 h à 10 h par classe et sera de 7 h par classe. Cette enveloppe horaire servira aux chefs d’établissement pour multiplier les enseignements de spécialité ou les enseignements optionnels. Ceux-ci ne doivent pas être imposés aux élèves.
Ce seront les élèves qui feront leur choix. Les élèves choisiront des enseignements utiles pour leurs études ultérieures. Cela condamnera les enseignements jugés mineurs sur le marché éducatif.

Pour l’heure, des interrogations subsistent et des inquiétudes apparaissent. On voit mal comment, avec encore moins de moyens, les enseignants pourront faire mieux et dans quelle mesure ces modifications seront à même d’améliorer la préparation des lycéens à l’enseignement supérieur. De plus, ce n’est pas en conduisant une réforme au pas de charge avec un simulacre de concertation et un autoritarisme aveugle qu’on obtient les meilleurs moyens de réussir.


Documents joints

La réforme du lycée