Covid-19 - Une gestion catastrophique dans l’Éducation !

Article de Marlène Gracia paru dans Contrepoint, le journal du CréSEP réservé aux adhérents
vendredi 20 mars 2020

S’il fallait encore une preuve, les événements morbides de ces dernières semaines nous l’ont apportée : le ministre de l’Éducation fait bien peu de cas de notre santé ! Jusqu’au matin même de l’annonce par Macron d’une fermeture de tous les établissements scolaires dans l’Hexagone, Blanquer martelait que celle-ci n’aurait pas lieu ! À l’exigence sanitaire du confinement, il répondait encore : confiance !

Retour sur quelques faits marquants…

Dès le début du mois de mars, un cluster a été identifié dans l’Oise et des mesures de quarantaine ont été prises afin d’éviter la propagation du virus. Aussi, le week-end du 7 mars, pouvait-on lire sur le site du gouvernement que les habitants de l’Oise ne devaient pas sortir du département pour leur travail. Seulement voilà : cette mesure, deux jours plus tard, n’était plus valable si les concernés travaillaient dans un établissement scolaire ! Il était même clairement spécifié qu’en cette période de conseils de classe, il était nécessaire que tous soient à leur poste !

Dans le même temps, le 8 mars, ont été interdits les rassemblements de 1 000 personnes. Or, de nombreux collèges et lycées, publics comme privés, atteignent des effectifs supérieurs à 1 000 personnes. Pourtant, la mesure ne prévoyait pas la fermeture des établissements scolaires ! Notre ministre, interrogé par des journalistes aussi étonnés que nous par ce paradoxe, a déclaré que les écoles n’étaient pas des lieux de rassemblement ! Finement ou pas, on peut se demander s’il ne nous prend pas un peu pour des c… !

Blanquer n’est cependant pas le seul à avoir déraillé : de nombreux chefs d’établissement lui ont disputé la palme du mépris du bon sens dans la gestion de la crise.

Finalement, jeudi 12 au soir, le Président Macron a annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires dès le lundi 16 au matin. Vendredi 13, branle-bas de combat dans toutes les écoles ! Dans les meilleurs des cas, les CSE sont convoqués par les directions, pour être informés et consultés. Ailleurs, ce sont les élus qui réclament cette réunion exceptionnelle. Trop souvent, la direction prend toutes ses décisions sans l’avis de cette instance représentative du personnel, ce qui est contraire au Code du travail.

Dans bien des endroits, les enseignants reçoivent pour consigne de venir le lundi matin afin de travailler depuis leur établissement ! En effet, ces derniers sont fermés aux élèves, mais non aux adultes ! Et les petits chefs veulent surveiller de près ce que les profs font : il ne faudrait quand même pas qu’ils s’imaginent être en vacances ! Il en va de la sacro-sainte continuité pédagogique que notre ministre n’a cessé d’invoquer ces derniers temps. Et aussi, bien entendu, d’exercer un petit pouvoir autoritaire sur des agents obéissants, au détriment de leur propre santé !

Heureusement, me direz-vous, une lettre très claire des recteurs est venue, dimanche 15 après-midi, clarifier les choses : « Aucune réunion ne doit se tenir dans les établissements. Elles doivent être reportées ou réalisées de manière dématérialisée. […] La continuité pédagogique est assurée uniquement à distance. […] Lundi, les seuls personnels présents dans les établissements seront donc ceux nécessaires à l’ouverture des locaux et à l’accueil des enfants des personnels soignants sans autre moyen de garde. » Malgré tout, des chefs d’établissement ont maintenu des réunions d’information et des conseils de classe le lundi 16 !

Ce même lundi avait lieu le grand crash test pour toutes les plateformes censées nous permettre de poster nos cours en ligne… On pouvait s’y attendre : ni celle du CNED ni les plus modestes comme École Directe n’ont tenu le choc face à des centaines de milliers de connexions ! Le problème s’est résorbé dans l’après-midi. Mais entre-temps, pour répondre à la pression de parents extrêmement inquiets et surtout bien convaincus grâce à Blanquer qu’ils pouvaient exiger tout et n’importe quoi des enseignants étant dans l’obligation d’assurer la continuité pédagogique, certaines directions n’ont pas hésité à transmettre aux profs les listes des mails personnels des familles, leur demandant de partager leurs cours par ce biais, se mettant par là-même hors la loi en divulguant des informations privées !

Le CréSEP recommande à chacun d’entre vous d’agir avec discernement et bon sens. Nous avons conseillé tous ceux qui nous ont contactés et sommes atterrés des situations ubuesques que nous avons pu découvrir. En cas de doute, n’hésitez pas à nous contacter sur notre messagerie cresep.sundep@gmail.com

Nous, militants du CréSEP, espérons sincèrement que vous et tous vos proches resterez à l’abri de cette épidémie, malgré les risques inutiles que notre ministre et nos directions nous ont trop souvent fait prendre.