Réouverture des établissements scolaires : des questions se posent !

Article de Rose-Marie Blasco paru dans Contrepoint, le journal du CréSEP réservé aux adhérents
jeudi 23 avril 2020

Lundi 13 avril, le Président de la République a annoncé une réouverture progressive des écoles, collèges et lycées pour le 11 mai. Mais, à ce jour, des questions sur les fondements scientifiques sur lesquels se basent les annonces du Président se posent encore et de nombreuses inquiétudes subsistent.
En effet, le 12 mars 2020, Monsieur Macron, s’appuyant sur les recommandations du comité scientifique, justifiait ainsi la fermeture des établissements scolaires : « Dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés pour une raison simple : nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus, même si, pour les enfants, ils n’ont parfois pas de symptômes et, heureusement, ne semblent pas aujourd’hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C’est à la fois pour les protéger et pour réduire la dissémination du virus à travers notre territoire. »
La première question qui se pose est : est-ce que, depuis le 12 mars 2020, l’évolution des connaissances sur le virus du COVID-19 chez les enfants permet de lever le risque que le Président de la République mentionnait alors ?

Par ailleurs, dans un avis rendu le 2 avril par le comité scientifique, un certain nombre de conditions à la levée du conditionnement étaient également signalées, à savoir :
« - le choix des mesures de distanciation sociale qui seront maintenues pendant la période de post-confinement ;
-  la disponibilité des protections matérielles comme les gels hydro-alcooliques et les masques à l’usage … des personnes en situation d’exposition au virus en priorité ; ce qui sera bien le cas des élèves et personnels, ainsi que de leurs familles, avec la réouverture des établissements scolaires le 11 mai. 
-  des capacités de diagnostic rapide d’infection aiguë et de rendu des résultats aux patients, avec transfert des données en temps réel aux systèmes de surveillance épidémiologique »

Ces conditions seront-elles remplies le 11 mai ?
Le doute est permis à tous les niveaux car comment les mesures de distanciation sociale préconisées pourront-elles être respectées, compte tenu de l’âge des enfants, de l’exiguïté des locaux - les salles de classe, la cantines, les couloirs, les cours de récréation… ? Le savon qui en temps normal fait défaut sera-t-il présent dans les établissements ? Mettra-t-on à disposition de tous du gel hydro-alcoolique ? Des masques seront-ils fournis aux élèves, aux professeurs et autres personnels des établissements ? Pour ce qui est du dépistage systématique par test PCR, on sait déjà qu’il ne seront pas effectués systématiquement puisque, comme l’a indiqué le ministre de la Santé, cela « n’aurait pas de sens » .

Enfin, la réouverture des écoles, collèges et lycées a été justifiée non en s’appuyant sur des recommandations scientifiques, mais en faisant valoir les inégalités sociales (certes indéniables) face au confinement, et l’impossibilité de remettre les salariés au travail tant que les établissements restent fermés. Mais, en période de pleine crise sanitaire, le principe de précaution lié à la préservation de la santé de la population ne devrait-il pas prévaloir sur toute autre priorité ?

Il est vrai que la crise liée au Corona virus que nous traversons, avec ses conséquences sanitaires, sociales et économiques, ainsi que les incertitudes scientifiques sur sa durée et son évolution, prend tout le monde de court. Mais si la gestion du déconfinement s’avérait être aussi chaotique que celle relative à la communication sur les masques, ces conséquences n’en seraient-elles pas aggravées ?

Pour finir, un déconfinement mal planifié, notamment pour les régions les plus touchées par l’épidémie comme le Grand Est et l’Île de France par exemple, ne risque-t-il pas d’être catastrophique pour le système de santé ? Et comment pourrait-on ne pas être inquiet alors même que le Président du Conseil National de l’Ordre des médecins s’est opposé à une réouverture des écoles le 11 mai ?